Mark, création sonore de l'exposition, studio f/16, Paris, France, décembre 2018

 

MARK

En traversant les espaces du studio de Nicolas Hermann, on se retrouve progressivement assailli par la forme d'une certaine présence. Par les biais des vidéos, des photographies ou encore du dispositif sonore, l’espace se transforme en hommage obsessionnel. Le visiteur s'aperçoit de cette silhouette parmi d’autres images abstraites, dont leur but est à la fois de le désorienter et de lui permettre de s’approprier, temporairement, les images mentales de ce personnage. Il s’agit d’un homme d’âge avancé qui nous fixe, parfois, dans les yeux. On ne voit pas toujours bien son visage, on n'est pas sûr s'il agit toujours bien de lui. Une voix, qui intervient de temps en temps, nous parle sans vraiment le faire car elle ne donne aucune information. S’agit-il d’un portrait ?


“Je suis ni heureux, ni malheureux.”

Nicolas Hermann, lui, le suit depuis 2013. Il passe du temps avec lui, il le prend en photo et enregistre leur échanges. Il est fasciné par lui, par sa force, par sa capacité d’exprimer tout d’un coup ses émotions avec clarté. Parfois, il l’observe sans pouvoir trouver sa place à côté de lui. Il ne sait pas comment l’approcher car il n’est pas un sujet photographique, ni un prétexte pour réaliser une oeuvre documentaire. C’est une rencontre. Nicolas continue à le voir, il lui rend visite sans le prévenir. Au bout d'un moment, il perd ses traces.

C’est la fin d’une histoire. On pourrait dire que les deux personnages principaux n’ont rien en commun. Venant de milieux différents, leur rencontre est accidentelle. C’est Nicolas qui est parti à sa recherche. Depuis le moment qu’il a décidé de se tourner vers la photographie, il provoque des rencontres dans la rue avec des inconnus, hors de son habitat social, et il passe autant de temps à les photographier qu’à les écouter. 

Pensée impulsive : “Moi aussi je pourrais être à sa place, qui sait.”

De toute façon, cette pensée ne semble pas inquiéter Nicolas. Et elle ne semble pas lui fait plaisir non plus. Visiblement il ne sera ni heureux ni malheureux. Néanmoins, l'appareil photographique lui permet d'examiner cette identification, comme s'il s'agissait d'un autoportrait. On se demande ce que Marc a pu obtenir de cette rencontre, sinon l’attention qui lui a été portée et à laquelle il ne doit pas être habitué d'ailleurs.

En arrivant à la fin du cheminement de l'exposition, on se retrouve devant son portait agrandi et on a l’impression que plus on le découvre moins on le comprend. Le portrait reste en suspension, accroché à la fiction car il se transforme en permanence et elle n’appartient qu’à la personne qui se trouve en face. Dans l’exposition, l'image de Marc, mélangée avec des détails, des fragments, des textures, des paysages, des objets, devient abstraite et volatile.

Eva Vaslamatzi

 

Mark, vidéo de présentation de l'exposition, studio f/16, Paris, France, décembre 2018

 
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Mark, installation au studio f/16, Paris, France, décembre 2018

 

Mark, carton d’invitation, 20.12.18